Le pouvoir des mots – exposition au Musée Polin

L’exposition « Le pouvoir des mots » au Musée POLIN à Varsovie raconte l’histoire des langues juives et leur importance pour la communauté juive. Puisque les Juifs ont vécu pendant de nombreux siècles en diaspora, leurs langues, leurs traditions et les textes qui s’y rapportent ont servi de code identitaire important et ont formé un territoire immatériel dans lequel ils ont pu développer leur culture.

L’hébreu est au cœur de cette histoire : une langue ancienne, une langue sacrée, une langue moderne. Il a joué un rôle particulièrement important en tant que langue dans laquelle les textes sacrés du judaïsme ont été écrits. Au fur et à mesure que les Juifs migraient et s’installaient dans différents pays, ils ont développé toute une gamme de nouveaux dialectes et de nouvelles langues qui ont tissé des liens avec l’hébreu et les langues de leurs environnements environnants. En raison de la distinction entre langues sacrées et langues vernaculaires, les communautés juives étaient généralement bilingues ou multilingues. Cela a favorisé une grande sensibilité aux questions linguistiques et une volonté d’engager la discussion à leur sujet.

Plus important encore, l’histoire des langues juives est une histoire non seulement de diversité, mais aussi de continuité culturelle. Les nouvelles langues juives créées au fil des siècles étaient généralement écrites dans l’alphabet hébreu et contenaient des éléments des langues « héritées » antérieures

Rappelons que l’hébreu appartient au groupe des langues sémitiques. En tant que langue ancienne, il a connu différentes étapes de développement, ce qui explique pourquoi on peut distinguer ses différentes formes : l’hébreu biblique (la langue des anciens Hébreux, dans laquelle la Bible a été écrite), l’hébreu mishnaïque (utilisé à la fin de l’Antiquité), l’hébreu médiéval (utilisé pendant de nombreux siècles, principalement dans la liturgie) et l’hébreu moderne (la langue officielle de l’État d’Israël).

“Yah, Eternel des Armées, D. d’Israël, D. vivant, D. de l’Univers, El Shaday […] a sculpté et créé son monde […], avec trois outils linguistiques (sefarim) : le Compté (sfar), l’Ecriture (sefer) et la Parole (sippuour).” Sefer Yetsirah (un livre de cosmogonie juive, IIIe-VIe siècles)

Vers la fin du XIXe siècle, de nombreux Juifs rêvaient d’un monde où tous les êtres humains seraient égaux. Malgré l’émancipation, ils subissaient encore l’exclusion et de vieux préjugés religieux se sont ravivés sous la forme de stéréotypes antisémites laïques
Le rêve d’égalité, de paix et de fraternité a également inspiré Ludwik Zamenhof, un ophtalmologiste de Białystok, qui a eu l’idée d’inventer une langue universelle. Il pensait que, tout comme dans l’histoire biblique de la Tour de Babel, les nations ne se comprennent pas et sont hostiles en partie parce qu’elles parlent des langues différentes, et que la suppression de la barrière linguistique pourrait contribuer à améliorer les relations humaines.
Ludwik Zamenhof, qui parlait russe, polonais, anglais et hébreu, possédait une connaissance approfondie des formes et de la grammaire de différentes langues. Son premier manuel, intitulé « Complete Text », s’intitulait « Dr. Esperant ». Avec le temps, il a écrit sur la langue elle-même.

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